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Timeless singer, timeless songs

 

"j'aime me concentrer sur
la poésie et le message dans
les chansons que je chante."

- Nana Mouskouri -

 

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Le jardin secret de Nana Mouskouri / Drôle de Nana >

French -

Le jardin secret de Nana Mouskouri
- Hebdomadaire - N° 2464 - Jeudi 13 septembre 1979

"C'est une histoire trop jolie pour y croire mais c'est mon histoire. Au fil des années, c'est vous qui l'écrivez pour moi chaque soir. Et moi, je la vis, je la lis, j'en remplis ma mémoire. Merci d'être dans mon histoire", confie Nana Mouskouri dans sa dernière chanson "C'est mon histoire". Une histoire extraordinaire, trop riche en performances pour être résumée en trois minutes, le temps d'un disque. Car entre cette sympathique jeune femme grecque et le public, s'est tissée une vrai histoire d'amour, une histoire qui, cette année, a vingt ans déjà. Vingt ans de triomphe international confirmé par la remise de hautes récompenses décernées aux quatre coins du globe, et de plusieurs dizaines de disques d'or.

Mais si, aujourd'hui, la vie de Nana Mouskouri ressemble à un conte de fée moderne, les débuts furent tout différents. Nana Mouskouri est née à Athènes en 1936, peu avant l'invasion allemande. De cette époque, de son enfance, elle préfère ne pas parler.
Je n'aime pas évoquer mon enfance, cela ne sert pas à grand chose. Je pense que si j'ai eu des problèmes lorsque j'étais jeune fille ou même petite fille, peut-être est-ce une des raisons qui m'ont donné envie de travailler énormément pour exister, pour survivre et rechercher un milieu qui me rende heureuse. Mais arrive un moment où l'on ne peut pas construire sa vie en pensant continuellement à ce qui s'est passé quand on était enfant.
Renvoyée du Conservatoire

Très jeune, Nana Mouskouri étudie la musique et le chant. Pourtant un défaut congénital - une de ses cordes vocales ne vibre que dans les notes hautes - gêne ses efforts pour progresser. En 1951, elle entre au Conservatoire d'Athènes.
Mes parents m'ont poussée à apprendre le chant parce qu'ils aimaient énormément la musique et le chant classique. Moi, j'avais envie de chanter et cela se sentait. Alors ils m'ont encouragée et m'ont expliqué que si je désirais faire ce métier sérieusement, la meilleure façon, c'était d'apprendre et d'entrer au Conservatoire. Ils avaient raison, bien que le Conservatoire, à l'époque, ne me passionnait pas tellement. Je m'intéressais à la musique, mais pas seulement à la musique classique. Je voulais apprendre n'importe quoi, du moment que cela me plaise. Je chantais avec la même fougue des airs classiques, folkloriques ou de la variété.
Avec le recul, je pense que le Conservatoire a été une des étapes les plus fantastiques et les plus enrichissantes de ma vie. J'y ai acquis une discipline qui par la suite, m'a été très utile dans ma carrière. Je crois que l'on peut avoir énormément de talent, savoir chanter ou jouer d'un instrument sans connaître le solfège, et sans passer par le Conservatoire, mais la discipline, on ne l'acquiert que là-bas.
Après huit années d'études, le Conservatoire, Nana va devoir le quitter. En 1958, elle découvre avec enthousiasme une nouvelle forme d'expression musicale: le jazz. Conquise, elle se tourne délibérément vers ce nouveau style et débute comme chanteuse d'orchestre dans une taverne de Plaka. Ses professeurs de Conservatoire ne lui pardonnent pas ce qu'ils considèrent comme une trahison et la sanction ne se fait pas attendre: elle est renvoyée séance tenante.
Mes professeurs m'ont puni très méchamment. Ils n'ont pas compris que j'avais vraiment soif d'apprendre et que c'était cette envie d'apprendre qui me faisait chanter du jazz. Par réaction, pendant les deux ou trois années qui ont suivi mon renvoi, je n'ai plus voulu écouter de musique classique, cela me faisait pleurer. Avec le recul, je me suis aperçue que j'avais gardé une certaine nostalgie, et c'est pour cette raison que, de temps à autre, je chante des airs classiques comme "Carmen", de Bizet, ou un extrait de "La Norma", de Bellini.
En lui interdisant l'accès au Conservatoire, les professeurs de Nana Mouskouri vont sans le savoir, influencer son avenir. Elle chantera, non pas sur la scène de l'Opéra [de Paris] ou de la Scala [de Milan], mais bien sur celle de l'Olympia ou du Carnegie Hall. Car, à partir de 1958, les événements vont se précipiter. Elle rencontre Manos Hadjidakis, le compositeur de la musique du film "Jamais le dimanche" ["Never on Sunday"]. Il lui écrit deux chansons que Nana défend au Festival de la chanson hellénique, en 1959. Elle remporte le premier prix et, la même année, enlève la première place du Festival de la chanson méditerranéenne à Barcelone [in Spain]. Louis Hazan, directeur des disques "Philips-France", la remarque et la persuade d'enregistrer un premier disque: "Roses blanches de Corfou" ["White roses of Athens"] qui, en 1961, fait un malheur en Allemagne, plus d'un million deux cent mille exemplaires vendus, chiffre phénoménal pour l'époque. Une grande carrière internationale s'ouvre à cette jeune femme dont les amis se plaisent à reconnaître qu'elle possède cette vertu typiquement hellène qui porte le nom de "filotimo", en français "orgueilleuse modestie".

Jamais de scandales

Début 1962, Nana Mouskouri enregistre un album aux U.S.A. "The girl from Greece sings". Second succès. Un peu plus tard, elle se produit en Angleterre. Elle y enregistre six shows télévisés pour la B.B.C. Les télévisions du monde entier achètent les droits de diffusion de cette série. En 1967 et 1968, c'est Paris et le public français qui la consacrent vedette à l'Olympia. Nana chante et parle anglais, italien, français, allemand et grec. Elle donne chaque année cent cinquante galas aux quatre coins du monde: France, Angleterre, Pays-Bas, Allemagne, Canada, Etats-Unis, Amérique du Sud, Australie, etc. Par manque de temps, elle ne se produit jamais deux années consécutives dans le même pays.

Pourtant ce palmares éloquent ne met pas Nana Mouskouri à l'abri des critiques. Dernièrement, un éditorialiste français écrivait "Nana Mouskouri chante bien. Parfaitement bien. C'est vrai, mais c'est tout! Il y a des milliers de Nana Mouskouri parmi les choristes de tous les opéras du monde, mais elle est peut-être la seule à porter si joliment des lunettes!". [I suppose he was only joking]

Une des vertus du personnage Nana Mouskouri, c'est la discrétion. Si l'on connaît par coeur le répertoire de la chanteuse, on ne sait par contre pratiquement rien de sa vie privée, sinon qu'elle a été mariée à son chef d'orchestre, Georges Petsilas, dont elle est aujourd'hui divorcée. Jamais de scandales, jamais de déclarations tapageuses. Elle veille soigneusement sur ce qu'elle appelle son "jardin secret".
Je n'ai jamais aimé parler de moi. A mes débuts, j'étais encore moins bavarde, mais la chanson, les voyages et l'affection du public m'ont aidée à m'ouvrir et à vouloir parler un peu plus.
Vous êtes très timide?
Je pense que beaucoup d'artistes sont timides. C'est cette timidité, cette façon d'être renfermés sur nous-mêmes qui nous pousse à nous exprimer par la chanson, qui pousse les musiciens à s'exprimer à l'aide d'un instrument ou les écrivains par des livres. Je suis très timide, je l'ai toujours été, et je me demande comment j'ai l'audace de monter sur une scène. Avant un spectacle, j'ai toujours envie de m'enfuir très loin, mais il y a une force qui me pousse à faire de la scène et à chanter.
Mais vous êtes très discrète sur tout ce qui touche votre vie privée.
C'est vrai, mais il faut reconnaître que ma vie de scène est aussi discrète que ma vie privée. Je chante, c'est tout! Il faut faire les choses bien, mais sans trop en parler. Ma vie privée, elle est simple, mais je la protège. J'ai des enfants et je crois qu'ils ont le droit d'avoir une vie comme tout le monde. Je n'aime pas le scandale, tout ce qui peut m'arriver, je le prends naturellement.
Mais lorsqu'on mène une vie professionnelle aussi chargée et aussi réussie que la vôtre, peut-on encore parler de "jardin secret"?
J'essaye d'avoir une vie privée. C'est très important. J'ai des enfants et je dois avoir du temps à leur consacrer. Mais, mes enfants mis à part, toute ma vie est consacrée à la chanson. Même quand je suis chez moi, que je ne travaille pas et que je m'occupe de mes enfants, je pense à la chanson. La chanson me prend toute mon existence.
Ce n'est pas trop pénible à certains moments?
C'est dur, mais je dois me faire une raison. Si je vivais continuellement chez moi, à Genève, à m'occuper uniquement de mes enfants, et si, pour cela, j'abandonnais la chanson, je serais très malheureuse.

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